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LE CINÉMA ANGLO-QUÉBÉCOIS SUR BOBINES

Par Melora Koepke

Pendant des décennies, Montréal a été le foyer de cinéastes anglophones dont les œuvres ont marqué l’industrie du cinéma au Canada et à l’étranger, et qui pourtant se sentent à l’écart du paysage cinématographique québécois. Parce qu’ils se trouvent à proximité de l’industrie du cinéma et de la télévision américaine, ces artistes et leur ville ont connu des périodes de boom au cours desquelles ils ont agi à titre de co-producteurs ou producteurs de service auprès de nombreux partenaires du centre du Canada ou, plus souvent, des États-Unis. Cette implication dans des productions provenant de l’extérieur de Montréal a généré une industrie locale indépendante très active, et la plupart des professionnels du cinéma et de la télévision vous diront qu’ils ont fait carrière en travaillant entre ces deux pôles.

Les générations de cinéastes anglophones qui ont choisi de vivre et d’exercer leur métier au Québec plutôt que dans les grandes villes où l’on parle anglais affirment que la possibilité de travailler entre deux axes culturels et linguistiques enrichit énormément leur travail. « Nous sommes très influencés par la communauté artistique francophone, dit Leni Parker, une actrice de 45 ans dont le travail au théâtre à Montréal se double de rôles à la télévision et au cinéma, notamment dans les films Stardom de Denys Arcand et Mambo Italiano, comédie à succès écrite par le dramaturge et scénariste montréalais d’origine italienne Steve Gallucio. « Cela nous imprègne, et notre travail s’enrichit du fait d’être en contact avec des artistes francophones, de pouvoir voir leurs spectacles et leurs films. Nous ne sommes pas suffisamment nombreux pour alimenter un public strictement anglophone, alors nous nous sommes intégrés, et tout le monde s’entraide. Il y a beaucoup de projets de collaboration et de traduction. Nous sommes constamment en rapport avec des dramaturges et des scénaristes francophones ».

Au début du cinéma, l’industrie canadienne était à peu près inexistante, et les artistes ambitieux émigraient au sud de la frontière. Née à Montréal en 1902, l’actrice Norma Shearer devint l’une des plus célèbres actrices du cinéma muet des années 1920. Originaire de Danville, Québec, le réalisateur Mack Sennett réalisa d’innombrables comédies muettes à Hollywood, et il se mérita en 1937 un Oscar pour l’ensemble de son œuvre. En outre, le Grand Nord canadien était devenu un territoire attirant pour les réalisateurs de documentaires, et l’Américain Robert Flaherty, commissionné par Sir William Mackenzie, fut consacré père du cinéma ethnographique en 1922 avec Nanook of the North, un film tourné en grande partie dans les environs de Port Harrison, dans le Nord du Québec.

 

Studio publicity portrait of Norma Shearer


Mack Sennett, 1910

La naissance du cinéma canadien remonte aux années 1920, avec la création de l’Associated Screen News, une maison de production financée par la CPR et où le scénariste/réalisateur pionnier canadien Gordon Sparling fit ses débuts. Sparling fut un réalisateur prolifique dans les années 1930, réalisant pas moins de 20 courts métrages. En 1934, le compositeur américain Howard Fogg composa la musique de son film Rhapsody in Two Languages. En 1939, le producteur de documentaires écossais John Grierson fut invité à examinera production cinématographique canadienne. Son travail mena à la création de l’Office national du film du Canada.

Gordon Sparling (left) directing a camera operator with Associated Screen News.
Source: Cinémathèque québécoise, 2000.0078.PH.02

Montréal, l’Office national du film du Canada et la naissance d’une industrie

D’abord situé à Ottawa pendant quelques années, l’Office national du film déménagea ses 400 employés dans de nouveaux studios à Ville Saint-Laurent, en banlieue de Montréal, en 1956. L’idée était de modeler l’ONF à l’image des premiers studios hollywoodiens. Plutôt que d’agir comme producteur pour des cinéastes indépendants, l’ONF embaucherait sa propre équipe de producteurs et de réalisateurs afin qu’ils réalisent des films en accord avec son mandat, qui était de « promouvoir l’identité nationale par le biais de la culture ». Selon le directeur actuel de l’ONF, Tom Perlmutter, le mandat non officiel était d’utiliser le cinéma comme un « outil de changement social ». « L'ONF avait rassemblé une mine d’artistes créatifs (parmi les meilleurs producteurs et réalisateurs au pays, notamment Colin Low, Tanya Tree, Roman Kroitor, Don Brittain, Tom Daly et Arthur Lipsett), et ils travaillaient tous ensemble sous l’égide de l’ONF, collaborant les uns avec les autres pour créer des films qui reflétaient les objectifs de l’ONF. Certains des projets les plus durables de l’ONF ont été initiés pendant cette période d’ “âge d’or” ».

 

En 1967 fut lancée la série documentaire bilingue Challenge for Change/Société nouvelle, qui a fait récemment l’objet d’une anthologie dirigée par Tom Waugh, professeur de cinéma à l’université Concordia, et Ezra Winton, documentariste domicilié à Montréal. Cette année-là fut aussi celle d’Expo 67, un événement marquant dans l’histoire du Québec et où l’on recourut à la puissance évocatrice du cinéma pour faire connaître au monde entier le caractère moderne de Montréal. En reconnaissance de son travail innovateur, l’ONF eut droit à sa propre vitrine dans le pavillon du Labyrinthe.

 

Dans le numéro 88 de La Revue de la Cinémathèque, il est mentionné que : « l’Exposition universelle de Montréal en 1967 fut pour l’Office national du film du Canada une extraordinaire plate-forme d’innovation. Dès le départ, l’ONF avait été un pionnier en matière de cinéma documentaire et d’animation, mais avec le film Dans le Labyrinthe, l’expérience cinématographique connut de nouveaux sommets. Cette gigantesque présentation audiovisuelle qui se déroulait dans trois salles, avec des projections simultanées sur des écrans multiples, constituait une véritable percée technologique. Dans le Labyrinthe était l’œuvre des cinéastes Roman Kroitor, Colin Low et Hugh O’Connor, et fut considéré comme le précurseur de la technologie IMAX, dont Roman Kroitor fut le co-inventeur. »

En 1974, l’ONF fonda le Studio D, premier studio au monde à bénéficier de subventions gouvernementales pour des productions réalisées par des femmes. Parmi les nombreuses cinéastes qui ont fait leurs débuts au Studio D, mentionnons la prolifique documentariste abénakise Alanis Obomsawin, réalisatrice des films Kanehsatake: 270 Years of Resistance et Gene Boy Came Home.

L’un des projets les plus populaires de l’ONF au cours des années 1970 fut Canada Vignettes, une série de courts métrages en anglais portant sur l’histoire et la culture du Canada, diffusés sur les réseaux de télévision privés et durant les pauses commerciales à Radio-Canada. Ces films demeurent emblématiques car ils sont à l’origine de l’une des principales activités secondaires de l’ONF, soit la diffusion de ses propres films sur les réseaux de télévision, dans leur forme originale ou modifiée.

Comme l’affirme Perlmutter, pendant plusieurs décennies, et jusqu’au début des années 1980, « l’histoire du cinéma et de la télévision de langue anglaise à Montréal fut celle de l’ONF ». Et pourtant, dès le début des années 1970, des cinéastes indépendants canadiens avaient commencé à sortir de l’ONF pour faire leurs propres films.

Le long métrage à Montréal : un foisonnement de talents et de ressources

Pendant les années 1970, décennie au cours de laquelle le cinéma d’auteur prit de l’importance aux États-Unis, le Québec vit aussi apparaître des réalisateurs et des producteurs désireux d’accéder au grand écran afin de raconter leurs propres histoires. L’un d’eux était Paul Almond, un réalisateur de télévision chevronné qui avait fait sa réputation dans les années 1950 et 1960 avec les émissions CBC Summer Theatre et On Camera, ainsi que le téléfilm Macbeth (1961), mettant en vedette Sean Connery. En 1968, Almond réalisa son premier long métrage, Isabel, un thriller tourné à Shigawake, au Québec. Puis vint son deuxième opus, L’acte du cœur (1970), mettant en vedette le jeune Donald Sutherland et portant sur la prépondérance de la religion à Montréal.

 

Act of the Heart , promo poster
© 1970 Universal Pictures


C’est aussi à cette époque que Robin Spry fit ses débuts comme scénariste, réalisateur et producteur. Avec le soutien de l’Office national du film, Spry plongea en plein cœur du nationalisme québécois avec Action: The October Crisis of 1970 (1974), un documentaire brûlant sur la crise d’Octobre, aujourd’hui considéré comme un classique incontournable du cinéma documentaire canadien. Les films Montreal Main (1974) et Rubber Gun Show (1977) marquèrent également cette époque, mettant en vedette le tandem d’acteurs et scénaristes Allan Moyle et Stephen Lack, et dépeignant de façon crue la vie de la rue et le monde de la drogue à Montréal.

 

Action: The October Crisis of 1970
Copyright © 1973 NFB

Mais aucun film, jusque là, n’avait réussi à propulser Montréal et ses cinéastes de langue anglaise sur la scène internationale comme le fit Lies My Father Told Me (1975), un film réalisé par le cinéaste d’origine tchèque Ján Kadár d’après un scénario de l’écrivain canadien Ted Allan. Cette production fit sensation sur la scène internationale lorsqu’elle remporta le Golden Globe du meilleur film étranger en 1976 et se retrouva en nomination pour l’Oscar du meilleur scénario original. C’était là une première d’importance pour le producteur montréalais Harry Gulkin, qui récidiva ensuite avec les films Two solitudes (1978), tiré du roman de Hugh MacLennan, et Jacob Two-Two Meets the Hooded Fang (1978), tiré du livre de Mordecai Richler. 

Cover art for Lies my Father Told me
© 1975 Columbia Pictures

Au début des années 1990, le documentariste de l’ONF John N. Smith commença à réaliser avec succès des films pour la télévision (The Boys of St. Vincent, Dieppe) puis il tenta sa chance à Hollywood avec le long métrage Dangerous Minds, mettant en vedette Michelle Pfeiffer. Smith retourna ensuite à sa carrière canadienne et réalisa certains des feuilletons les plus remarquables de la télévision canadienne (Random Passage, The Englishman’s Boy) avant de revenir au grand écran en 2009 avec Love and Savagery, un long métrage touné à Terre-Neuve. Ce fut là le premier film co-produit par Montreal’s Park Ex Pictures, une compagnie de production fondée par Kevin Tierney, qui avait aussi commencé à produire des films pour la télévision au début des années 1990 (One Dead Indian, Choice: The Henry Morgentaler Story), et qui est aujourd’hui l’un des plus importants producteurs de longs métrages en anglais à Montréal.

Le producteur de réputation internationale Robert Lantos, un réfugié hongrois qui émigra au Canada en 1963, fit lui aussi ses débuts à Montréal. Son film Joshua Then and Now (tiré du roman de l’auteur montréalais Mordecai Richler) connut un succès au box-office international après avoir été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes en 1985. Au cours des années 1980 et 1990, Lantos et d’autres producteurs bâtirent la maison de production montréalaise Communications Alliance, qui devint par la suite Alliance Atlantis, puis Alliance Vivafilm. Pendant cette période, Lantos produisit le film Black Robe (1991) de Bruce Beresford, l’une des productions tournées au Québec qui connut le plus grand succès sur la scène internationale. En 1998, Lantos vendit les parts qu’il avait dans Alliance, et il œuvre maintenant au sein de sa propre compagnie, Serendipity Point Films. 

Cover art for Joshua: Then and Now
© 1985 20th Century Fox

La possibilité de faire des films en dehors de l’ONF augmenta au Québec à partir de 1965, quand Mel Hoppenheim fonda une filiale canadienne de la compagnie d’équipement technique Panavision. Au cours des décennies suivantes, Hoppenheim ouvrit plusieurs grands studios à Montréal et dans les environs. La présence de ces facilités de haute gamme, sans parler de l’expertise de Hoppenheim, provoqua une hausse de la production cinématographique, surtout de productions étrangères. En 1997, Hoppenheim fit un don de 1 million de dollars à l’université Concordia pour la fondation de l’École de cinéma Mel-Hoppenheim.

Au début des années 1990, Montréal connut un boom dans la production de service pour des productions étrangères. À certains moments, on tournait près d’une demi-douzaine de co-productions américaines en même temps à Montréal. Il y eut notamment les productions hollywoodiennes The Score, grosse machine tirée par Robert de Niro, Snake Eyes de Brian de Palma Snake, et Catch Me If You Can de Tom Hanks, et des dizaines d’autres. De nombreuses émissions de télévision furent également tournées à Montréal, telles que Radioactive, Student Bodies et Popular Mechanics for Kids, dans lesquelles les comédiens Jacob Tierney et Jay Baruchel firent tous deux leurs débuts à l’écran. La compagnie Cinar régna en géant durant cette période faste, mais cette maison de production prolifique tomba en disgrâce en 2000, après avoir reçu de lourdes accusations de fraude. Notons également que ces booms périodiques dans la production de services n’ont pas entraîné une augmentation dans la production locale.

Depuis le milieu des années 2000, le secteur du cinéma et de la télévision anglo-québécois est aux prises avec un enchêtrement de problèmes complexes : la hausse des crédits d’impôts dans d’autres provinces, la diminution des bénéfices compétitifs en raison du taux d’échange avec les États-Unis, les modifications des règlements entourant les co-productions internationales, et enfin, la modification des règlements du CRTC, qui a eu pour effet de réduire l’obligation des réseaux de télévision canadiens à subventionner et à produire un minimum de dramatiques produites au Canada. Pour aggraver la situation dans une province comme le Québec, les réseaux de télévision privés de même que la CBC sont de plus en plus contrôlés depuis Toronto, ce qui diminue la production locale. L’un des effets secondaires alarmants de ces changements est que de nombreux réalisateurs, scénaristes, acteurs et producteurs anglophones qui exerçaient leur métier à Montréal ont commencé à aller travailler ailleurs tant il est devenu difficile de gagner sa vie dans le domaine de la fiction télévisée de langue anglaise au Québec.

L’acteur montréalais Alain Goulem exerce sa profession depuis l’âge de 8 ans. Il a en effet obtenu l’un de ses premiers rôles dans la série pivot The Boys of St. Vincent de John N. Smith. Goulem et d’autres acteurs montréalais ont connu plusieurs périodes fastes, mais il savait que le boom de l’année 2000 ne se traduirait jamais par une croisssance de l’industrie locale. « Je ne crois que Montréal ait jamais exercé un rôle prédominant dans le domaine de la télévision, sauf comme lieu de tournage pour des co-productions américaines », explique Goulem. Lui et bien d’autres acteurs sont reconnaissants aux succursales montréalaises d’ACTRA et de la Guilde canadienne des réalisateurs, de même qu’aux agences de casting et aux agents d’artistes montréalais d’avoir intégré Montréal au marché international du cinéma et de la télévision, du moins pendant un temps.

Kevin Tierney a débuté sa carrière au milieu des années 1990, alors qu’il y avait un boom dans le domaine de la télévision, qu’il considère aujourd’hui comme un « monde totalement différent » de celui de la production cinématographique. « J’ai commencé à la télévision, or aujourd’hui, les producteurs de télévision travaillent à partir de Toronto », explique Tierney. Si vous êtes un producteur de cinéma, vous pouvez encore travailler à partir de Montréal. Vous n’aurez sans doute jamais à vous rendre à Toronto, car la plupart des distributeurs ont leurs bureaux ici. Mais si vous êtes producteur de télévision, vos réunions se tiendront à Toronto, et si vous avez la chance d’obtenir une série, le projet sera géré principalement par des directeurs exécutifs de Toronto. Il y a dix ou quinze ans, Montréal était une véritable plaque tournante pour la production télé, on dépensait les millions de dollars qui étaient à notre portée. Mais nous n’avons plus suffisamment de réseaux our cela. Ce qui signifie qu’il faut vraiment se bouger si l’on veut travailler à la télévision. »

Toronto, ON

Et pourtant, il y a au moins deux maisons de production en pleine éclosion à Montréal. La société Incendo Productions (grâce à laquelle Alain Goulem et Leni Parker ont obtenu des rôles dans de nombreuses productions) produit chaque année une dizaine de films pour la télévision. L’entreprise affirme être aujourd’hui la plus importante compagnie de distribution de télévision au Canada et possède des parts de contrats de production avec la 20th Century Fox et Paramount.

 

L’autre maison de production montréalaise qui fait des vagues sur la scène internationale est la société Muse Entertainment, dont le siège social est situé sur la rue Saint-Jacques à Montréal. Muse a produit des dizaines de films à Montréal, notamment, les séries télévisées Durham County et Being Human. Outre ces ambitieux projets télévisuels, la compagnie a aussi produit plusieurs longs métrages prestigieux, notamment The Fountain de Darren Aronofsky et I’m Not There, une biographie fantaisiste de Bob Dylan réalisée par Todd Hayne.

De la fragmentation à la nationalisation : la SODEC, les festivals  et les écoles de cinéma

Si les cinéastes anglophones du Québec ont été avantagés par rapport à leurs collègues du reste du Canada depuis le déclin des co-productions américaines au début des années 2000, c’est en grande partie grâce à la SODEC, cet organisme gouvernemental qui soutient financièrement les artisans locaux pour la réalisation, la post-production, la distribution et la mise en marché de leurs films. « Si j’habitais ailleurs au Canada, je déménagerais sans doute au Québec moi aussi, ne serait-ce que pour la SODEC, explique Kevin Tierney. La raison pour laquelle le cinéma québécois est aussi florissant, c’est que nous avons réussi à créer une masse critique de productions. »

La SODEC, ou Société de développement des entreprises culturelles, est un organisme de financement provincial ayant pour mandat de promouvoir l’avancement de l’art québécois à tous les niveaux. La SODEC accorde des bourses de production et des crédits d’impôts à divers types de projets de films, aussi bien les courts métrages réalisés par de jeunes diplômés de l’université que des productions de grande envergure, et elle contribue financièrement à la présentation et la distribution de films ici et à l’étranger. Cet organisme n’est pas autorisé à dépenser plus de 20% de son budget annuel pour des productions anglophones, mais cela revient quand même à plusieurs films par année. La SODEC contribue également à la tenue de certains événements culturels québécois, notamment des festivals de cinéma, et les cinéastes d’ici peuvent sollicier son aide pour participer à des festivals à l’étranger.

Les festivals jouent un rôle essentiel dans le système de distribution cinématographique international, et les cinéastes indépendants comptent sur ces événements pour trouver des distributeurs à l’étranger. Plusieurs festivals ont vu le jour à Montréal au fil du temps, notamment le festival Fantasia, considéré comme une alternative au Festival des films du monde (FFM) et au Festival du nouveau cinema (FNC), et qui en est aujourd’hui à sa 12ème édition. Le directeur de la programmation de Fantasia, Mitch Davis, souligne que le mandat du festival est en partie de présenter en première et de promouvoir les films anglophones réalisés au Québec, et cela grâce à l’aide de la SODEC. Davis estime que la SODEC apporte une aide inestimable à bien des étapes du processus de distribution cinématographique.

Parmi les longs métrages de langue anglaise présentés à Fantasia, mentionnons les films de genre des réalisateurs Phil Spurrell (The Descendent) et Karim Hussein (The Beautiful Beast). Le festival s’enorgueillit d’être l’un des festivals les plus fréquentés et capable d’attirer un public jeune, multilingue et multiethnique. Le fait d’être un festival « pour et par le peuple », fondé par des amateurs et survivant en grande partie grâce à la vente de billets, en fait un événement des plus avant-gardistes à Montréal.

Par les temps qui courent, il semble que Montréal soit au seuil d’une nouvelle renaissance. La preuve en est que plusieurs réalisateurs de la nouvelle génération ont fait de Montréal leur port d’attache, notamment Mike Dowse (FUBAR, It's All Gone Pete Tong) et les documentaristes Yung Chang (Up The Yangtze) et Neil Diamond (Reel Injun).

À l’instar des premiers cinéastes de l’ONF, Chang et Diamond font partie d’un groupe d’individus talentueux qui ont choisi Montréal pour y exercer leur art et développer leur carrière. Comme bien d’autres jeunes cinéastes, Chang possède un diplôme en production cinématographique de l’École de cinéma Mel-Hoppenheim. Il a travaillé avec le producteur de renom Daniel Cross, chez Eyesteelfilm, à la production de son documentaire co-produit par l’ONF. Diamond, un réalisateur cri originaire de la baie James, a déménagé à Montréal pour travailler à l’ONF, et il a depuis fondé la maison de production autochtone Rezolution Pictures avec d’autres réalisateurs autochtones domiciliés à Montréal. 

« J’ai déménagé à Montréal, car cela me paraissait un bon endroit où vivre : une ville où je pourrais raconter les histoires dont j’ai envie », explique Diamond, faisant remarquer que le cinéaste autochtone de renom Zacharias Kunuk (Atanarjuat: The Fast Runner) avait lui aussi ouvert des bureaux à Montréal avec son partenaire de longue date, le Montréalais Norm Cohen.

La compagnie Rezolution Pictures a connu un autre succès avec la jeune réalisatrice Tracey Deer, qui est née et a grandi dans la réserve de Kahnawake, près de Montréal. Le documentaire Club Native (2008), qui jette un regard sur les enjeux identaires de la communauté mohawk lui a valu d’être la première femme mohawk à gagner un prix Gémeau. 

Tracey Deer, director of Club Native and Mohawk Girls

Il ne fait donc aucun doute que l’École de cinéma Mel-Hoppenheim, depuis sa fondation en 1997, a largement contribué à revitaliser le secteur du cinéma anglo-québécois, particulièrement le cinéma expérimental et d’art et d’essai. L’École est devenue un véritable centre de créativité dont les professeurs, pour la plupart des cinéastes très actifs, agissent comme mentors auprès de la prochaine génération de cinéastes. Peter Rist est l’un des professeurs les plus influents de l’École, et ses travaux sur  le cinéma asiatique apportent aux étudiants une ouverture sur le monde et une vision du cinéma contemporain uniques. Autre figure importante de l’École, Arto Paragamian s’est illustré notamment par sa participation au film Cosmos, réalisé en 1996 par plusieurs réalisateurs et que plusieurs considèrent comme emblématique de la nouvelle vague du cinéma québécois.

 

Du côté du documentaire, mentionnons le cinéaste Peter Wintonick, professeur occasionnel à Concordia et réalisateur du célèbre Manufacturing Consent: Noam Chomsky and the Media (1992), désormais à l’étude dans maints départements de cinéma à travers le continent. En 2006, Wintonick a reçu le prix Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques. Enfin, le professor David Douglas entretient des liens étroits avec le cinéma cubain contemporain, partageant sa vie d’enseignant entre Concordia et la Escuela Internacional de Cine y Television à San Antonio de los Baños, à Cuba. 

 

Tous ensemble, ces artisans, promoteurs et organismes subventionneurs ont contribué à transformer Montréal, longtemps connue comme un centre de production satellite pour des productions étrangères, en une ville plus radicale et aventureuse en matière de cinméa d’avant-garde ou expérimental à saveur internationale, et de films documentaires audacieux.

 

À la fin de l’année 2010, l’adaptation cinématographique du roman de Mordecai Richler, Barney’s Version, réalisée par Robert Lantos est sortie dans toutes les salles d’Amérique du Nord, après avoir été présentée en première aux festivals de films de Venise et de Toronto. Lantos avait acquis les droits du livre avant même qu’il soit publié, et il lui fallut plusieurs années pour porter cette histoire montréalaise à l’écran. Le personnage principal du film et la plupart des rôles de soutien sont incarnés par des acteurs étrangers, mais Montréal y joue un rôle essentiel et le scénariste Michael Konyves est natif de Montréal. En entrevue, Lantos explique qu’il tenait à tourner dans les lieux mêmes où se déroule l’histoire,  avec une équipe locale. Deux autres films importants sont sortis au début de l’année 2011, soit Funkytown, d’après un scénario de Steve Gallucio, et The Year Dolly Parton Was My Mom de la cinéaste Tara Johns.

 

© 2010 Remstar

Mais on ne tourne pas que des films à grand déploiement à Montréal. En 2008, la maison de production indépendante Couzin Films a produit le film Adam's Wall, dont l’histoire se déroule au sein de la communauté juive orthodoxe de Montréal. Le secteur du documentaire est aussi en pleine ébullition grâce à des entreprises locales telles que Eyesteelfilm, Rezolution Pictures et Loaded Pictures, cette dernière ayant produit récemment deux documentaires très bien reçus, l’un sur l’artiste de la rue montréalais Roadsworth et l’autre sur les sables bitumineux en Alberta.

Un survol des productions récentes et à venir permet de constater que le chevauchement et la transférabilité des productions demeure essentiel pour notre industrie. La plupart des réalisateurs, producteurs, acteurs et propriétaires de salles œuvrent au sein d’un réseau de professionnels qui se connaissent et collaborent ensemble d’un bout à l’autre du continent. Mais il y a encore de très bonnes raisons pour lesquelles certains d’entre eux choisissent d’exercer leur métier à Montréal.

 

 

MIEUX CONNAITRE DES ARTISTES

 

10 Productions à Explorer

 

Long Métrages

 

Funkytown (2011), réalisé par Daniel Roby
D'après un scénario de Steve Gallucio, Funkytown dépeint Montréal comme une ville swinguante et bilingue, avant la vague de nationalisme des années 1970. Une vision particulière de Montréal, qui fait la part belle à des personnages de langue anglaise.

 

The Trotsky (2009), réalisé par Jacob Tierney

Cette comédie lancée en grandes pompes au Festival international du film de Toronto en 2009 est la deuxième réalisation de Tierney. Jay Baruchel y incarne un jeune étudiant montréalais qui croit être la réincarnation de Leon Trotsky. Avec un scénario bilingue et de grands noms de la scène montréalaise dans les rôles de soutien, notamment Saul Rubinek et Genevieve Bujold.

 

Bon Cop, Bad Cop (2008), réalisé par Érik Canuel

Lancée au festival Fantasia 2008, cette comédie bilingue met en scène un policier ontarien (Colm Feore) et un détective montréalais (Patrick Huard) réunis pour résoudre une histoire de meurtre à la frontière du Québec et de l’Ontario. Le film a battu des records au box-office, devenant ainsi le plus grand succès commercial au pays et établissant la réputation du producteur Kevin Tierney et de sa maison de production Mile End Pictures.

 

Barney's Version (2010), réalisé par Richard Lewis.

Le producteur du film, Robert Lantos, avait acquis les droits du dernier roman de Mordecai Richler avant même qu’il soit publié.  Cette histoire semi-autobiographique portant sur un personnage du nom de Barney Panofsky (incarné par l’acteur américain Paul Giamatti) a été tournée dans des endroits connus de Montréal et des Cantons de l’Est, par une équipe principalement composée de Montréalais.

 

Joshua Then and Now (1985), réalisé par Ted Kotcheff

Ce film tiré du célèbre roman de l’écrivain montréalais Mordecai Richler est la première production de grande envergure du producteur Robert Lantos,

 

Documentaires

 

Reel Injun (2010), réalisé par Neil Diamond

Ce documentaire qui s’intéresse à l’image des Amérindiens dans le cinéma hollywoodien s’est mérité un prix Génie et a fait la réputation du réalisateur montréalais d’origine crie Neil Diamond. Celui-ci fait partie d’une nouvelle génération de réalisateurs autochtones établis à Montréal, et il est le co-fondateur de Rezolution Pictures, l’une des maisons de production les plus prolifiques à Montréal. Le film a été distribué en deux versions, l’une pour le grand écran et l’autre pour la télévision et diffusée sur le réseau CBC Newsworld.

 

Kanehsatake: 270 Years of Resistance (1993), réalisé par Alanis Obomsawin.

L’un des plus célèbres documentaires d’Obomsawin, la seule cinéaste restée à l’emploi de l’ONF. Ce film acclamé à travers le monde porte sur la crise d’Oka (1990), au cours de laquelle les habitants d’une réserve mohawk au sud de Montréal se sont confrontés aux autorités pour revendiquer leurs droits territoriaux.

 

Ryan (2004), réalisé par Chris Landreth.

Ce court film d’animation produit par l’ONF et gagnant d’un Oscar dresse un portrait imaginatif de Ryan Larkin, une icône du cinéma d’animation des années 1960 et 1970 à l’ONF, et qui a souffert de problèmes de santé mentale et de drogue avant de mourir à la fin des années 1990.

 

Télévision

 

The Boys of St. Vincent (1992), réalisé par John N. Smith .

Bien que les événements dont s’inspire ce film réalisé pour la CBC aient eu lieu dans un orphelinat catholique à Terre-Neuve, il a été tourné à Montréal et réalisé par l’un des plus importants documentaristes des années 1960 et 1970 à l’ONF. À la suite de ce projet, Smith s’est tourné vers le long métrage de fiction.

 

 

Student Bodies (1997)

Une sitcom canadienne tournée à Montréal et portant sur des jeunes qui s’occupent du journal étudiant de leur école secondaire. Y figurent plusieurs nouveaux acteurs montréalais, notamment Jacob Tierney et Jay Baruchel.

 

 

 

Table Of Contents



Introduction

Montréal, l’Office national du film du Canada et la naissance d’une industrie

Le long métrage à Montréal : un foisonnement de talents et de ressources

De la fragmentation à la nationalisation : la SODEC, les festivals  et les écoles de cinéma

MIEUX CONNAITRE DES ARTISTES